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LE
MÉTABOLISME SOCIAL
La société mondiale est en perpétuel changement.
Ceux qui prétendent tout organiser croient pouvoir en maîtriser
les évolutions, voire les révolutions.
Mais, n’en déplaise aux pessimistes aux nihilistes et autres anarchistes,
rien ne saurait justifier la destruction de la société, ni le
laisser-faire institutionnel.
L’humanité en marche est condamnée à l’incohérence
et au déséquilibre. C’est son honneur de tenter de s’y
soustraire. Mais, c’est une fatalité, il ne sera jamais possible
de satisfaire tout le monde. Il serait pourtant catastrophique d’accepter,
sans lutter, toutes vicissitudes de l’humaine condition.
Le genre humain est emporté par des courants qui lui sont étrangers.
Il s’y agite pour survivre, accessoirement pour tenter de se construire
une vie agréable. Avec les heurs et les malheurs que l’on sait.
Et ceux que l’on saura plus tard.
Les actions, individuelles ou collectives, sont plus ou moins désordonnées
selon les circonstances. La nature humaine varie peu. Son évolution d’ensemble
est marquée par les faits majeurs que sont l’expansion démographique,
la division du travail, les rivalités, la domestication de la nature,
l’altération de l’espace vital, unique et inextensible.
La pléthore humaine complique les difficultés, exacerbe les passions,
multiplie les risques de conflit, ajoute du chaos au chaos naturel, limite les
libertés de l’individu moyen, ouvre d’immenses possibilités
d’action aux plus vigoureux. Déjà Voltaire s’émerveillait
de voir l’élan vital des « spermatozoïdes qui sont si
bons nageurs » !
L’homme est tenté de se mêler de tout. Il perturbe le jeu
des forces naturelles, il trouble la concurrence des espèces, il fausse
les compétitions au sein de sa propre engeance, il risque des combinaisons
nouvelles des éléments constitutifs de tout ce qui vit.
Ceux qui nous gouvernent sont tentés de régenter le métabolisme
des sociétés humaines. Il leur paraît légitime de
s’ingérer dans la division du travail, dans la répartition
des charges, dans le partage de tout ce qui est produit et échangé.
Certes, les individus sont les cellules-souches de la vie économique.
Mais il serait présomptueux de vouloir les différencier, les spécialiser,
les coordonner, leur attribuer des fonctions, les faire vivre en semble selon
un plan général qui prévoirait tout, pourvoirait à
tout.
En principe, l’individu a le droit de vivre sa vie. Mais en fait chacun
doit se garder des bonnes volontés. Sous prétexte de lui venir
en aide, des âmes charitables l’encoconnent dans des règles
qui réduisent le nombre et l’ampleur de ses libertés.
Le citoyen trop confiant est pris dans les chaînes et les trames du tissu
social organisé dont les superstructures administratives, professionnelles
ou partisanes sont d’essence bureaucratique. C’est dans leur nature
de s’opposer pour exister.
Une complexe physico-chimie physiologique, légale et réglementaire,
sécrète des humeurs, des liqueurs, des enzymes, des hormones,
des corps, des anticorps qui scellent des consensus que les corps constitués
opposent aux individus.
Comme la division du travail sévit aussi en politique et en administration,
les actions ne sont pas toujours coordonnées. Tout spécialiste
qui s’avise de changer sans concertation le dosage du moindre des paramètres,
perturbe tous les autres. La tentation est toujours grande de changer de traitement
sans attendre les effets des médications précédentes.
Comme disent les automaticiens, la machinerie publique fonctionne en boucle
ouverte. Elle est en perpétuel déséquilibre. Elle oscille
entre ses états extrêmes possibles faits de pénuries et
de pléthores, de mouvements erratiques et de blocages, de grincements
et de grognements.
Quand la société est malade, l’individu souffre.
Aujourd’hui, même les docteurs ne se sentent plus très bien.
C’est ainsi que nous oscillons de réformes envisagées en
réformes avortées en passant par les réformes manquées.
Ou tout bonnement oubliées.
À mi-parcours, ce tant joli mois mai a déjà illustré
notre ferme volonté de travailler plus !
Pierre
Auguste
Le 14 mai 2008
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